Review: God of War

20 juillet 2018 0 Par Mr Herisson

Qu’il était attendu ce nouvel opus de God of War. À mi-chemin entre le reboot et la suite, cet épisode nous place à nouveau dans la peau du dieu grec Kratos, reclus dans les contrées nordiques d’Odin et consorts. L’aspect physique du dieu préfigure les changements radicaux opérés par les développeurs à l’occasion de cette nouvelle itération divine. Au premier regard, le dieu arbore une longue barbe touffue, appuyant son aspect menaçant. Puis on découvre son caractère qui semple posé, lassé et teint d’une certaine mélancolie, loin de la colère éprouvée dans les épisodes précédents. Tout est expliqué après quelques minutes : il déplore le décès de son épouse. Les premiers instants de jeu consistent à fendre du bois afin de préparer le bûcher pour la crémation de sa défunte femme. On est très loin des scènes de combats dynamiques. Sommes-nous bien dans un jeu vidéo estampillé God of War ? Où sont les fameux affrontements homériques ? Patience…

Un nouveau départ

Après avoir mis à mort les trois quarts des dieux grecs, Kratos a quitté sa terre natale pour s’éloigner de sa vie passée et vivre paisiblement dans des terres isolées. Le scénario du jeu ne nous en dira pas plus sur la période entre la fin de God of War 3 et ce nouvel opus quand bien même Cory Barlog (producteur du jeu) a dit vouloir revenir sur cette transition dans un futur opus. Kratos a ainsi refait sa vie, a trouvé une compagne et a un fils prénommé Atreus. Ce postulat de départ permet d’indiquer deux choses : Atreus ne sait rien du passé de son père, y compris du fait qu’il est un dieu. Le joueur néophyte de la licence se retrouve donc en lui : un nouveau venu qui n’a pas conscience de qui est cette figure paternelle et qui le découvrira au fur à et à mesure de l’aventure. Au contraire, celui qui a suivi la franchise jusqu’ici sait qui est Kratos, ce qu’il a fait avant d’arriver dans les terres du Nord et se retrouve dans ce dieu grec. Cette dualité se ressent tout au long du scénario du jeu, grâce à de subtiles références que les connaisseurs des précédents épisodes apprécieront tandis que les nouveaux venus se demanderont de quoi il est question, jusqu’à certaines révélations, mais chut, c’est du spoil !

Côté gameplay, tout a été repensé ou presque. Premièrement, la caméra se place dans le dos de Kratos, à hauteur d’épaule, à l’image des TPS comme Resident Evil 4. Cela a pour effet de rendre les combats plus dynamiques et violents : les coups portés résonnent dans la manette comme jamais et la frénésie de l’action n’en est que plus intense. Ne craigniez rien en ce qui concerne la lisibilité des joutes : des flèches et un code couleur indiquent de quel côté une attaque arrive et s’il s’agit d’un projectile. Ajouté à ces mécanismes les aides d’Atreus qui n’hésite pas à prévenir son père qu’un ennemi le prend pour cible, le joueur ayant alors le loisir de contrer ou esquiver ce dernier. Deuxièmement, si la fureur de Kratos en combat n’a, quant à elle, pas changé d’un iota, son équipement est différent : armé de sa hache Léviathan, il assène des frappes d’une violence exceptionnelle. Si dans les premières heures, ces dernières sont basiques, très vite vous pourrez débloquer des rallonges de combo, de nouveaux coups, etc. grâce à l’expérience accumulée. Petit exemple du nouveau style du dieu : il est possible de lancer son arme vers un ennemi soit par une attaque faible, la hache rebondit alors sur l’ennemi comme un boomerang, soit par une attaque forte, ce qui plante l’arme dans un ennemi lambda et le gèle instantanément, vous laissant tout le loisir de le tabasser à mains nus et au bouclier. Ce style de combat est à part entière et permet de remplir la jauge d’étourdissement de l’ennemi. Si elle est remplie entièrement, Kratos pourra l’exécuter d’une attaque ultra-violente, qu’importe sa jauge de vie. Troisièmement, l’exploration est à l’honneur dans cet opus : une fois atteint le Lac des Neufs, l’aire ouverte du jeu, il vous est permis de vous balader où vous le voulez. Bien évidemment, plus vous avancerez dans l’aventure, plus les zones à explorer se débloqueront. Enfin, Atreus aide son père au combat en tirant automatiquement des flèches contre les ennemis, en les attaquants à l’aide de son arc ou en indiquant à son père qu’un ennemi s’apprête à l’attaquer. Il est toutefois possible d’ordonner au jeune archer de tirer précisément une flèche sur un ennemi pour le désorienter. Il possède bien sûr son propre arbre de compétences pour améliorer sa cadence de tirs, les dégâts des flèches, etc.

Un scénario en toute intimité

Pour la première fois de la série, Kratos n’est pas animée par la vengeance. S’il a toujours recours à sa colère mythique sous la forme d’une jauge de rage qui se remplit et qui peut être libérée pour coller des torgnoles ultra-violentes à ses ennemis, il n’a plus comme obsession la mort des dieux. Après la crémation de sa femme, lui et son fils partent pour un voyage particulier afin d’exaucer le dernier vœu de la mère d’Atreus : que ses cendres soient dispersées au plus haut sommet du monde. Commence alors un long périple pour les deux protagonistes, durant lequel chacun doit apprendre à connaître l’autre. Le principe ressemble à celui de The Last of Us et c’est voulu : les développeurs ont souhaité rendre Kratos humain, le mettre à la portée de son fils et à la nôtre en tant que joueurs, tout en assumant son passé de dieu. Entre confrontation, acceptation de la personnalité de l’autre, découverte d’alliés, apprentissage des règles qui régissent le monde dans lequel ils vivent, l’aventure nous offre plusieurs dizaines d’heures de jeu à travers Midgard et quelques autres royaumes d’une rare intensité émotionnelle. Chose incongrue dans les précédents jeux : on ressent de l’empathie pour le dieu. La détente et le rire font aussi partie du panel d’émotions proposées par le jeu lors de certaines séquences qui viennent alléger le propos crépusculaire du scénario, ces touches étant apportées par Atreus et par Mimir, un personnage que vous rencontrerez tôt dans l’aventure et qui s’avère être une bible vivante de la mythologie nordique. Ne privilégiez ainsi pas les voyages rapides où vous manqueriez des informations sur les dieux et leurs sagas.

Ces conversations entre les personnages sont d’ailleurs écrites avec brio : les développeurs ont réussi quasi systématiquement à faire ressentir au joueur l’émotion éprouvée par chacun. On peut affirmer sans craindre de grandes contradictions que l’on a là une perle d’écriture qui mérite à elle seule le détour. Les révélations sont parfois surprenantes et parfois attendues (les réactions d’Atreus lorsqu’il apprend qui est son vraiment son père) mais ne sonnent jamais faux. Il est très difficile de lâcher la manette tant on a envie de savoir ce qu’il va se passer ensuite et quand vient la fin du jeu, l’au-revoir à Kratos et son fils n’est pas simple. Et je dis bien « au-revoir » : cet opus n’est que le premier d’une longue série d’autres.

Question enrobage, on retrouve tout ce qui fait le sel de la mythologie nordique : des décors enneigés sublimes comme la région de départ, là où se trouve la maison de la famille de Kratos, des créatures autant alliées (oui, je pense à toi Jorgümandr) qu’ennemis (bonjour les Draugrs) et bien évidemment des divinités. Concernant ces dernières, je n’en dirai rien ou presque : on sent que le jeu est une introduction pour la suite tant elles sont peu nombreuses au casting mais leur rencontre, consistant souvent en un combat de boss, sont tellement inoubliables que cela compense leur faible nombre. Si les divers royaumes à visiter, en dehors de Midgard qui est celui dans lequel la majeure partie de l’aventure se déroule, ne sont pas bien grands, ils regorgent de contenus à récupérer pour parfaire l’équipement de notre personnage. Cependant, on regrette que deux d’entre eux ne soient qu’une succession d’arènes sans grand intérêt excepté celui de récupérer des composants pour le craft et l’amélioration de l’équipement. Concernant ce dernier, il faut bien avouer que les développeurs ont eu le nez creux en reprenant les meilleurs éléments d’un bon action-rpg : des pièces d’armures par dizaines qui permettent à Kratos de renforcer telle ou telle statistique (force, défense, vitalité, rune, chance, récupération) que les nains Brok et Sindri se feront un plaisir d’améliorer, des runes qui permettent d’enclencher des attaques spéciales dévastatrices améliorables grâce aux points d’expérience récupérés sur le corps fumant des ennemis, des compétences à acquérir contre lesdits points d’expérience, d’autres runes pouvant être incrustées dans les pièces d’armures pour augmenter les statistiques de Kratos et lui octroyer diverses capacités (ralentissement temporel, esquive plus ample, etc.) et il y a encore beaucoup de choses à découvrir. Peut-être même trop : en effet, les sous-menus ont tendance à se multiplier et manquent de visibilité dans les premières heures de jeu. Gageons néanmoins que les équipes de Cory Barlog trouveront la solution à ces problèmes d’ergonomie dans les futurs épisodes, en sachant qu’ils ne sont pas dommageables pour le plaisir de jeu.

Il est ainsi temps de répondre à la question que God of War a posé à la fin du mois d’avril : mérite-il tous les éloges qu’il a suscités ? Si vous appréciez le genre et le personnage de Kratos, oui, mille fois oui. Jetez-vous dans cette aventure qui ajoute un nouvel ouvrage à la saga du dieu grec. Le renouveau de la série était nécessaire et il a été conduit de la meilleure façon possible : Kratos est devenu un héros terriblement humain, sa relation avec son fils déborde d’émotions, l’évolution des protagonistes est très bien construite et le gameplay du jeu est très bien soigné, tout cela avec l’appui de la mythologie nordique. Si en revanche vous être réfractaire au genre misant sur le relationnel entre les héros, que les dieux nordiques ne vous attirent pas et que vous n’aimez vraiment pas les chauves tatoués : passez votre chemin ou vous vous y ennuierez.

Les points positifs :

  • Le retour de Kratos
  • La relation père-fils
  • Le scénario du jeu bourré de surprise et de moments épiques
  • La mythologie nordique
  • Le contenu hyper dense
  • La beauté des décors et des personnages, les musiques magistrales
  • La scène post-générique

Les points négatifs :

  • Des royaumes peu étendus
  • Deux royaumes qui ne sont en fait qu’une succession d’arènes de combat
  • Le visage de la sorcière de la forêt n’est pas des plus expressifs…
  • Des menus peu lisibles qui exigent un temps d’adaptation
  • Voir quelques dieux supplémentaires n’aurait pas été de refus

God of War a été développé par Santa Monica Studio et publié par Sony Computer Entertainment. Cette exclusivité Playstation 4 est sortie le 20 avril 2018.