Dossier: Nintendo et le Salon E3, une communication très spéciale…

7 août 2018 0 Par Mr Herisson

Nintendo et les E3 récents, une communication réussie?

On le sait tous, les conférences pré-E3 des constructeurs et éditeurs de jeux vidéo sont scrutées par la planète entière : elles donnent le la des sorties à venir sur l’année, si ce n’est plus pour les plus gros projets. Elles servent également de tremplin pour les nouvelles consoles qui sont soit présentées, soit mises en fonction pour la première fois. En général, une conférence se conduit en public pendant 60 à 90 minutes, avec la possibilité de la suivre via internet afin que tout le monde soit atteint par les annonces. Les intervenants s’enchaînent pour présenter leur projet (jeux, services, DLC, manettes, etc.), offrent aux spectateurs quelques images, des cinématiques, voire des séquences de gameplay et parfois une date de sortie. Tous les constructeurs se sont pliés à cet exercice annuel, multipliant parfois les conférences pour tisser un lien plus régulier avec les joueurs (Sony présente une conférence à l’E3 en juin et le PlayStation Experience en décembre). Pourtant, depuis 2013, Nintendo ne se produit plus sur scène et préfère réitérer la formule du Nintendo Direct, parfois sous le nom de Digital Event (2014, 2015) ou Nintendo Spotlight en (2017). Dans la forme, il s’agit d’une vidéo enregistrée, d’une durée avoisinant les trente minutes, compilant plusieurs trailers de jeux à sortir pour la plupart des cas dans les mois à venir, entrecoupés de messages des développeurs dont le jeu vient d’être dévoilé.

Un changement de formule nécessaire ?

Comme Sony, Microsoft et quelques autres, Nintendo était coutumier des conférences pré-E3, avec un charme japonais fleurant bon une certaine formalité, excepté lors des interventions de Reggis Fils-Aimée : on a tous en tête certaines de ses répliques les plus cultes comme en 2004 lorsqu’il se présente et dit : « je suis ici pour mettre des coups de pieds aux fesses, je suis ici pour prendre des noms, nous sommes ici pour créer des jeux » et le mythique « my body is ready » (mon corps est prêt) au moment de monter sur le Wii Balance Board pour tester WiiFit en 2007 (1). Ces conférences ont donné lieu à des moments de liesses comme la révélation de Super Smash Bros. Melee en même temps que la Nintendo Game Cube en 2001 ou l’annonce de The Legend of Zelda Twilight Princess, un « Zelda » à la patte graphique enfin réaliste, en 2004 en même temps qu’une autre console, portable cette fois-ci : la Nintendo DS.

Pourtant, les dernières conférences en date se sont révélées décevantes, peu originales et maîtrisées. L’E3 2012, qui aurait dû être celui de Nintendo grâce à la révélation d’une nouvelle console et d’une manière de jouer innovante, a fait montre d’effroyables difficultés de communication et de production. La Wii U, puisque tel était son nom, disposait en effet d’une manette particulière, très large, sur laquelle figure les classiques boutons ainsi qu’un écran censé permettre l’émergence d’un gameplay dynamique, obligeant le joueur à parfois regarder son écran de télévision, puis son écran sur la manette et inversement. Pour les jeux multijoueurs, il était question de réunir plusieurs personnes, dont l’un disposant du fameux Wii U Gamepad et de tout un tas d’options non-accessibles aux joueurs équipés de manettes classiques. On le sent poindre, et ce n’est pas l’objet de cet article, mais la Wii U a été un échec commercial autant que d’estime : le gameplay imaginé par les développeurs de Nintendo ne s’est quasi jamais concrétisé et les jeux intéressants ont peiné à suivre le rythme, tandis que le grand public n’a jamais compris s’il s’agissait d’une extension de la Wii ou d’une réelle nouvelle console de salon. Résultat : la console a vécu quatre années et demi moribondes, ce qui s’est ressenti dans les annonces de Nintendo et donc à l’E3 : la firme n’avait plus de quoi tenir le poids d’une conférence, même avec une 3DS en bonne forme. Le constructeur-développeur s’est alors retiré du jeu des conférences en public pour suivre sa propre voie de communication : un condensé d’informations en un minimum de temps, dans un format enregistré évitant les aléas du direct, le regretté président Satoru Iwata n’ayant plus que pour seul mot d’ordre: « directly to you » (directement pour vous).

Le Nintendo Direct : la porte ouverte à toutes les folies… et à toutes les déceptions

L’E3 2013 de Big N s’articule donc autour d’une vidéo enregistrée d’une durée de 38 minutes présentée par le président de Nintendo, comme il est de coutume depuis quelques années. L’exercice fut une franche réussite avec un programme garni des meilleures productions du géant japonais : Pokémon X et Y (3DS), Super Mario 3D World  (Wii U), Mario Kart 8 (Wii U), The Wonderful 101 (Wii U), Donkey Kong Country Tropical Freeze (Wii U), Bayonetta 2 (Wii U) et la révélation d’un certain Super Smash Bros. for 3DS & for Wii U. On retrouve là la plupart des meilleurs titres de la Wii U, de quoi rendre confiant Nintendo, mais c’était sans compter sur le catalogue tiers, bien trop faible pour que les joueurs ne s’ennuient pas entre la sortie de chacune de ces pépites…

L’E3 2014 a suivi la même voie : le Digital Event s’étale sur 43 minutes et est complètement loufoque. Une figurine de Reggie Fils-Aimé prend la place de Satoru Iwata pour diriger cette vidéo, tandis que les mascottes de Nintendo, elles aussi réduites à l’état de figurines, visionnent la présentation. Plusieurs saynètes burlesques ponctuent les annonces et rendent mémorables l’évènement : qui ne souvient pas du magnifique combat entre Reggie et Satoru, jusqu’à ce que leur conflit débouche sur l’introduction des amiibo, les figurines des héros de Nintendo pouvant être scannées pour être utilisées dans certains jeux ? Au niveau des jeux, on retrouve Super Smash Bros. for 3DS & for Wii U, Yoshi’s Woolly World (Wii U), Captain Toad Treasure Tracker (Wii U), la révélation de The Legend of Zelda Wii U (il était à l’origine prévu sur la console à la « mablette »), Bayonetta 2 (Wii U), Hyrule Warriors (Wii U), Kirby (sans autre titre à l’époque, il s’agissait de Kirby et le pinceau arc-en-ciel sur Wii U), Xenoblade Chronicles X (Wii U), Super Mario Maker (Wii U) et Splatoon (Wii U). Là encore, les jeux sont de qualités mais ont mis beaucoup trop de temps à arriver sur la console.

L’E3 2015 n’a pas dérogé à la règle instaurée depuis 2013, si l’on excepte la qualité de la prestation… Shigeru Miyamoto, Reggie Fils-Aimé et Satoru Iwata se retrouve grimé en marionnettes style Muppets Show. Au-delà des passages sympathiques que cela induit, le contenu de la conférence s’est avéré décevant avec peu de nouveautés, trop peu convaincantes et beaucoup de redites alors que tout commençait superbement avec la révélation de Star Fox Zero (Wii U). S’en est suivi l’annonce du partenariat entre Nintendo et Skylanders pour introduire des figurines de Bowser et Donkey Kong à la fois amiibo et Skylanders, The Legend of Zelda Triforce Heroes (3DS), Hyrule Warriors porté sur 3DS, Metroid Prime Federation Force & Metroid Prime Blastball (3DS), Fire Emblem Fates (3DS), Tokyo Mirage Sessions FE (Wii U), Xenoblade Chronicles X (Wii U), Animal Crossing Happy Home (3DS), Animal Crossing Amiibo Festival (Wii U), Yoshi’s Woolly World (Wii U), Mario & Luigi Paper Jam Bros. (3DS), Mario Tennis Ultra Smash (Wii U) et Super Mario Maker (Wii U). Foncièrement ce sont de bons jeux pour la plupart, mais sans surprise. De surcroît, Nintendo s’est attiré les foudres des fans en développant un Metroid à l’exact opposé de leurs attentes : un petit jeu de tirs à plusieurs sans l’ombre d’une Samus… Ce Digital Event de 2015 était clairement une déception.

L’E3 2016 fut d’une toute autre dimension : en effet, Big N a préféré se concentrer sur un unique jeu : The Legend of Zelda Breath of the Wild. Il faut dire que parallèlement aux Nintendo Directs E3 s’est développés des sessions en live des jeux annoncés, ce qu’on appelle le TreeHouse. Pendant plusieurs heures, développeurs et membres du staff de Nintendo jouent à de multiples jeux tout en discutant des conditions de développement, d’aspects techniques et lâchent parfois quelques informations (Metroid Samus Returns a été annoncé lors d’une session live). Le nouvel opus de la saga a donc été parcouru pendant des heures par les membres du TreeHouse, sans toutefois dépasser le tutoriel, ce qui laissait envisager une durée de vie colossal (et on ne s’est pas trompé).

À l’image de la Wii U, les Nintendo Directs E3 ont connu des débuts intrigants jusqu’à sombrer dans une forme de médiocrité particulière à tel point qu’ils ont fait l’impasse sur l’année 2016. Était-ce pour revenir plus fort ?

Le renouveau par la Switch

Le décès de Satoru Iwata il y a trois ans alors qu’il était encore en poste en tant que président de Nintendo a fait éclater au grand jour certaines difficultés de l’entreprise qu’il parvenait à endiguer. Il était le lien entre les développeurs et les actionnaires à la fois en tant que chef d’entreprise, développeur et surtout joueur. Sa disparition à amener Nintendo à revoir son fonctionnement interne déjà entamé par lui en 2015 (2) puis poursuivi en 2016 (3) avec un président par intérim : Tatsumi Kimishima. Enfin, ce dernier a cédé sa place récemment, permettant à Nintendo d’achever sa mue. (4) Ces changements ont suscité la crainte de voir disparaître les Nintendo Directs tant Satoru Iwata incarnait le format. Ils ont pourtant survécu : en 2016, l’Europe a eu le droit à quatre Nintendo Directs (un spécial Pokémon le 26 février, un le 3 mars, un Nintendo 3DS Direct le 1er septembre et un Animal Crossing Direct le 2 novembre). En 2017, Nintendo a renoué avec les conférences en public le 13 janvier pour présenter plus amplement la Nintendo Switch et les jeux à paraître sur la console hybride, les Nintendo Directs s’étant ensuite enchaînés (Fire Emblem Direct le 18 janvier, Nintendo Direct le 13 avril, Arms Direct le 18 mai, Pokémon Direct le 6 juin, Splatoon 2 Direct le 6 juillet, Nintendo Direct le 13 septembre et Animal Crossing Mobile Direct le 24 octobre 2017) avec beaucoup de contenu pour satisfaire les heureux propriétaires de la nouvelle console. L’année 2018 semble confirmer cette nouvelle communication avec déjà trois Nintendo Directs (Mini le 11 janvier, le 8 mars et le spécial E3 le 12 juin).

En 2017, c’est un Direct spécial E3 bourré de contenu auquel nous avons eu droit. La Switch était dans toutes les étales depuis mars et le public a été conquis par l’offre, les stocks s’étant épuisés très rapidement. Ce fut donc l’occasion d’asséner de nouvelles annonces pour satisfaire tous les joueurs et faire oublier les impasses de la Wii U : Rocket League (Switch), Arms (Switch), Pokken Tournament DX (Switch), FIFA 18 (Switch), Splatoon 2, Xenoblade Chronicles 2 (Switch), Kirby Star Allies (Switch), l’annonce d’un Pokémon classique, de Metroid Prime 4 et d’un Yoshi sur la console hybride, Fire Emblem Warriors (Switch), un peu de Skyrim (sur Switch également, le succès The Elder Scrolls V aura décidément été porté sur toutes les consoles), des DLC pour The Legend of Zelda Breath of the Wild et les amiibo des 4 prodiges (Switch et Wii U), la révélation Mario + Lapins Crétins Kingdom Battle (Switch) et le gros morceau : Super Mario Odyssey (Switch). Tout cela en 25 minutes… En bref, Nintendo avait prouvé qu’il était possible de marquer l’E3 sans pour autant présenter une conférence en public et signer son retour sur le devant de la scène. Alors, que s’est-il passé à l’E3 2018 ? Pourquoi la société a-t-elle dévissée en bourse (et dévisse toujours à l’heure où sont écrites ces lignes) ?

Nintendo Direct E3 2018 : une erreur de communication ?

L’E3 2018 a été le fruit d’énormément de fuites le mois précédent les conférences (merci Wallmart…), sans que Nintendo soit concerné, de quoi rassurez les joueurs et les investisseurs : le cas de Mario + Lapins Crétins Kingdom Battle (5) ne s’est pas reproduit. De quoi imaginer une tonne d’annonces plus folles les unes que les autres durant les 42 minutes de diffusion ? Tout dépend de votre attachement à un jeu : Super Smash Bros. Ultimate puisque c’est désormais sous ce sobriquet que le nouvel opus s’est présenté. Il y a en effet eu peu de jeux marquants présentés lors de ce Nintendo Direct spécial : Daemon X Machima (Switch) présenté au début sans autre forme d’introduction, le DLC Torna – The Golden Country pour Xenoblades Chronicles 2 (Switch), Pokémon Let’s Go Pikachu / Évoli (Switch), Super Mario Party (Switch), la révélation de Fire Emblem Three Houses (Switch), la sortie de Fortnite sur la console hybride, puis le segment des jeux indépendants : Overcooked 2 (Switch), Killer Queen Black (Switch) et Hollow Knight (Switch). Le direct s’est poursuivi avec Octopath Traveller (Switch), la venue de Fox dans Starlink Battle fort Atlas (Switch), Arena of Valor (Switch), le DLC Donkey Kong Adventure pour Mario + Lapins Crétins (Switch), Pixark (Switch), Just Dance 2019 (Switch), Dragon Ball FighterZ (Switch), le DLC Octo Expansion pour Splatoon 2 (Switch), Captain Toad Treasure Tracker (Switch), Crash Bandicoot N. Sane Trilogy (Switch), Ninjala (Switch), Carcassonne (Switch), FIFA 19 (Switch), Ark Survival Evolved (Switch), Wasteland 2 Director’s Cut (Swtich), Paladins Champions du Royaume (Switch), Fallout Shelter (Switch), Dark Souls Remastered (Switch même si l’on a toujours aucune date de sortie autre que « été 2018 »), SNK Heroines Tag Team Frenzy (Switch), Monster Hunter Generations Ultimate (Switch), Wolfenstein II The New Colossus (Switch), The World Ends With You Final Remix (Switch), Megaman 11 (Switch) et Mario Tennis Aces (Switch). Ce sont ces 34 jeux (DLC compris) qui ont été présentés en 16 minutes uniquement pour la Switch. Rendez-vous bien compte qu’il n’y avait plus qu’un seul jeu à présenter : Super Smash Bros. Ultimate, soit 26 minutes d’informations pour le jeu de combat de Nintendo. La firme a très bien compris qu’il s’agit du jeu de fin d’année de la Switch et a donc mis le paquet pour satisfaire TOUS les joueurs de SSB, de celui qui le considère comme un party-game et qui y joue occasionnellement à celui qui est un joueur e-sport et qui développe des techniques insoupçonnées pour en faire un jeu de combat dantesque.

Dès lors, ce fut une orgie d’informations pour la nouvelle itération de Super Smash Bros. avec la révélation du casting présent et c’est simple : tous les personnages qui ont été une fois jouables dans la saga reviennent. On retrouve par exemple le mythique Solid Snake (Metal Gear Solid), Wolf (StarFox), Pichu (Pokémon), le Dresseur de Pokémon avec Dracaufeu, Herbizarre et Carapuce (Pokémon) Link Enfant (The Legend of Zelda), Cloud (Final Fantasy VII), Bayonetta (Bayonetta), Ryu (Street Fighter), Mega Man (Mega Man), etc. S’y ajouttent les Inklings (Splatoon), Daisy (Super Mario) et le très demandé Ridley (Metroid) pour un total de 68 combattants dont trois Échos c’est-à-dire des personnages qui ont les même coups que d’autres mais en disposant de quelques statistiques différentes (Daisy est l’Écho de Peach, Pit Maléfique est l’Écho de Pit et Lucina est l’Écho de Marth). Comme l’a dit Masahiro Sakurai, l’homme derrière le concept de SSB et superviseur du développement de chaque épisode, il s’agit « du plus grand cross-over jamais réalisé. » Il faut également prendre en compte les stages dont le nombre gargantuesque ne peut qu’augmenter (à l’heure où ces lignes sont écrites, les internautes ont recensés grâce aux images du jeu quelques 84 stages) et qui disposent chacun d’une version « Destination finale » (une simple plateforme), une version « Champ de bataille » (une plateforme centrale surmontée de trois plus petites platesformes) et une option pour désactiver les évènements de stage (par exemple : le Yellow Devil du Château du Dr. Willy n’apparaît pas). Ne parlons même pas de toutes les techniques et tous les ajouts de confort que ce SSB Ultimate nous réserve, en ayant en tête qu’aucun mode de jeu n’a encore été dévoilé, il y en aurait pour des heures à tout énumérer,

Le Nintendo Direct spécial E3 2018 s’est donc conclut sur cette longue présentation du nouvel opus de SSB. Si vous n’êtes pas fan de la saga, autant dire que vous avez dû passer un long moment et il n’est pas étonnant que vous soyez déçu. Si vous êtes un grand fan de Super Smash Bros. depuis la première itération sur Nintendo 64 et que vous attendiez comme un forcené le retour de personnages iconiques tels que Solid Snake, nul doute que vous étiez aux anges (c’est le cas de l’auteur). Pourtant, il faut bien admettre que même dans cette configuration, ce Direct était très insatisfaisant. Nous avons eu certes droit à de nombreuses annonces toutes compilées dans un passage de quelques minutes à peine mais beaucoup concernent des jeux de niche ou déjà sortis sur d’autres consoles. Les jeux majeurs hors SSB se comptent sur les doigts d’une main : Daemon X Machima, le DLC de Xenoblade Chronicles 2, Pokémon Let’s Go Pikachu / Évoli, Mario Tennis Aces et Fire Emblem Three Houses. Nous n’avons eu aucune nouvelle de Bayonetta 3 ni de Metroid Prime 4 (certes, ces deux jeux sont en pleine de phase de développement mais un trailer pour entretenir l’engouement semblait nécessaire), tandis que le jeu estampillé Yoshi s’est vu repoussé à 2019 sans doute en raison d’une fin d’année complètement bouchée avec Red Dead Redemption II notamment, dont la sortie est fixée au 26 octobre.

Un Nintendo Direct en été ?

Beaucoup de joueurs ont eu la sensation d’assister à un Super Smash Bros. Direct et non un Nintendo Direct. L’évènement qu’est l’E3 ajoute nécessairement une dose d’espoir et d’attente, alors quand ni l’une, ni l’autre n’est donnée, il est logique que les voix s’élèvent et ce fut le cas. Peu après, de nombreux joueurs ont pointé du doigt le manque de visibilité sur la fin d’année 2018 et début 2019, avec trop peu de jeux estampillés Nintendo pour faire vivre la Switch si l’on n’est pas fan de Super Smash Bros. et de Pokémon. Puis, la bourse est venue mettre son grain de sel dans cette histoire : l’action de Nintendo a en effet chuté peu après la diffusion (environs 7%) (6) ce qui a contraint les pontes de la firme à tenter de calmer la froideur des actionnaires. On apprend par exemple que l’ancien président par intérim Tatsumi Kimishima promet un line-up puissant pour la fin d’année et le début de la suivante. (7)

Parle-t-il simplement de Pokémon et Super Smash Bros. ou faut-il y voir un teasing ? Il s’agit alors pour Nintendo de rebondir rapidement pour conserver le formidable élan que les ventes de la Switch créent depuis sa sortie en mars 2017, pourquoi pas en annonçant prochainement un nouveau Nintendo Direct pour corriger le tir ? Des rumeurs font en effet état d’une annonce prochaine, néanmoins cela ne reste que des rumeurs et Nintendo nous a habitué à nous surprendre, autant dans le bon sens que dans le mauvais. Tenir un Nintendo Direct si tôt après l’E3 serait un constat d’échec signifiant que les dirigeants n’ont pas pris la pleine mesure de l’importance que revêt le salon américain et pourrait avoir l’effet inverse : les actionnaires pourraient penser que la firme navigue à vue comme à la fin de la Wii U, ce qui ne ferait qu’envenimer la situation. Il faut dès lors trouver le bon moment pour lancer la nouvelle opération de communication et annoncer les nouveautés pour la fin d’année, tout en évitant de s’auto-concurrencer (Pokémon Let’s Go et SSB Ultimate seront quoiqu’il arrive deux rouleaux compresseurs pour leur sortie respectivement le 16 novembre 2018 et le 7 décembre 2018). Concernant l’agenda des sorties, on remarque que les mois d’août et septembre sont délaissés par les exclusivités Nintendo malgré des jeux très intéressants tels qu’Okami HD le 9 août, Monster Hunter Generations Ultimate le 28 août, SNK Heroines Tag Team Frenzy le 7 septembre, Super Mario Party le 5 octobre, Starlink Battle For Atlas le 16 octobre, etc. Nintendo nous ayant habitués à une sortie majeure par mois quitte à ce que cela soit un portage de la Wii U, faut-il y voir un manque à combler prochainement par un Nintendo Direct ? Ou bien la firme mise-t-elle unique sur Super Mario Party, Pokémon Let’s Go et Super Smash Bros. Ultimate ? L’avenir nous le dira prochainement…

Toujours est-il que Nintendo ne fait rien comme les autres entreprises du jeu vidéo : leur console ne suit pas la voix de la puissance et s’attache à présenter des conditions de gameplay particulières et surprenantes. Qui aurait ainsi cru que la Switch serait une console de salon portable il y a quelques années ? Il en va de même pour les annonces de jeux : Nintendo valorise ses titres en communiquant des informations lorsque l’actualité est calme, très éloignée de l’atmosphère euphorique d’un E3 durant lequel les grandes révélations se succèdent et ne servent qu’à marquer les esprits, parfois au détriment des jeux. On se souvient tous de la conférence Sony de l’E3 2015 avec les annonces du remake de Final Fantasy VII, The Last Guardian et Shenmue III. Trois années après, seul The Last Guardian a été publié tandis que FF VI et Shenmue III inquiètent grandement sur la bonne tenue de leur développement. Faut-il donc s’attendre à l’annonce de la diffusion d’un Nintendo Direct prochainement ? Il est évident que Big N se réserve quelques cartouches pour 2018, on peut donc aisément imaginer deux cas de figure : soit il se tiendra fin juillet pour combler les mois d’août, septembre et octobre soit il se tiendra en août, voire en tout début septembre pour gonfler la fin d’année et donc les ventes de Noël. Si Nintendo Direct il y a dans les prochaines semaines, alors cela prouvera que la firme gère ses révélations en considérant l’E3 comme une simple occasion d’en annoncer quelques-unes et de permettre aux joueurs de s’essayer aux futurs jeux, sans en faire l’évènement majeur de l’année.

 

(1) https://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/06/15/reggie-fils-aime-le-cadre-de-nintendo-devenu-une-icone-pour-les-joueurs-et-le-web_4654625_4408996.html article paru sur le site le Monde le 15 juin 2015.

(2) https://www.journaldugeek.com/2015/01/22/nintendo-decisions-stupides/ article paru sur le site Journal du Geek le 22 janvier 2015 &  https://otakugame.fr/dossier-lorganisation-interne-de-nintendo-devoilee-par-iwata/ article par sur otakugame.fr le 25 février 2015.

(3) http://www.p-nintendo.com/news/du-changement-dans-l-organisation-de-nintendo-243918 article paru sur le site Puissance Nintendo le 27 avril 2016.

(4) http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2018/04/26/32001-20180426ARTFIG00120-en-pleine-forme-nintendo-se-dote-d-un-nouveau-pdg.php article paru sur le site du Figaro le 26 avril 2018.

(5) Des documents internes servant à présenter le jeu et son concept se sont retrouvés sur Internet quelques semaines avant la révélation officielle.

(6) http://www.gameblog.fr/news/76603-nintendo-nouvelle-chute-de-l-action-en-bourse-suite-au-calen article paru sur le site Gameblog le 4 juillet 2018.

(7) http://www.jeuxvideo.com/news/874328/nintendo-tatsumi-kimishima-assure-que-la-firme-a-encore-des-cartouches-pour-la-fin-d-annee.htm article paru sur Jeuxvidéo.com le 4 juillet 2018.